Maladie coeliaque et diabète: double défi!

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Article par Eliane Labonté, nutritionniste

Deux problèmes différents…

Le diabète est une condition où le corps n’arrive pas à utiliser correctement le sucre qui se retrouve alors en trop grande concentration dans le sang. Il y a deux types de diabète: le type 1 et le type 2. Le type 2 est beaucoup plus fréquent et est le plus souvent associé à un surplus de poids, à la sédentarité et à une mauvaise alimentation. Les risques de développer ce type de diabète augmente avec l’âge et il survient habituellement après l’âge de 40 ans alors que le type 1 se développe normalement avant l’âge de 35 ans et n’est pas causé par de mauvaises habitudes de vie. Ici c’est plutôt le sytème immunitaire qui est à l’origine de la maladie. Mais peu importe la cause, ces deux maladies peuvent avoir des conséquences multiples pour la santé (atteinte au niveau des yeux, reins, nerfs et augmentation du risque de maladies cardiovasculaires) si elles ne sont pas bien traitées afin de maintenir un taux de sucre sanguin le plus près possible des valeurs normales.

Les symptômes du diabète peuvent être la perte de poids, une envie d’uriner fréquente, une soif importante et de la fatigue. Ces symptômes sont similaires dans le cas du type 1 et 2 mais sont d’apparition plus rapide et plus marqués dans le cas du diabète de type 1. Dans ce dernier cas, les personnes atteintes doivent s’injecter plusieurs doses d’insuline par jour pour survivre car leurs cellules productrices d’insuline ont été détruites par des anticorps.

Quant à la maladie coeliaque, c’est une maladie où il y a une réaction anormale du système immunitaire lors de la consommation de gluten. Il est impératif pour les personnes qui en sont atteintes de retirer toutes traces de gluten de leur alimentation pour éviter les différentes complications associées à cette maladies (ostéoporose, malabsorption, troubles de la fertilité, augmentation du risque de développer certains types de cancer etc…). Cette diète implique le retrait d’une multitudes d’aliments puisque le gluten est une protéines que l’on retrouve dans le blé, le seigle, l’orge, le triticale et l’avoine. Les symptômes de cette maladie sont très vastes et variables d’une personne à l’autre mais peuvent être des troubles digestifs, douleurs articulaires, fatigue etc.. On peut dépister cette maladie à l’aide d’une analyse sanguine suivie, au besoin, d’une biopsie intestinale.

Des marqueurs génétiques communs

Le diabète de type 1 et la MC ont elles un point commun? Oui car ce sont 2 maladies auto-immunes! C’est à dire des maladies ou notre système immunitaire s’en prends à nos propres cellules plutôt que de nous s’attaquer seulement aux substances étrangères nuisibles. Différents tissus peuvent être atteints selon le type de maladies auto-immunes. Dans le cas du le cas du diabète de type 1 ce sont les cellules du pancréas qui produisent l’insuline qui sont détruites alors que dans le cas de la MC c’est le petit intestin qui est ciblé par les anticorps. Alors que l’élément déclencheur de la MC est connu (gluten) on ne le connait pas pour le diabète de type 1 ni d’ailleurs pour aucune autre maladie auto-immune (lupus, arthrite rhumatoïde certaines formes d’hypothyroïdie etc…).

Il y a un lien assez étonnant entre le diabète de type 1 et la MC puisque que pour 10-25  personnes atteintes de diabète de type 1 il y en aura une atteinte de la MC(1,2)! Il y a donc 10 X de personne atteinte de la MC chez les diabétiques de type 1 que dans le reste de la population!! Ce qui explique cela pourrait être que ces 2 conditions partagent des risques génétiques communs. Il est donc fortement recommandé que les personnes atteintes de diabète de type 1 puissent profiter d’un dépistage annuel de la MC particulièrement lors des 5 premières années suivant le diagnostic. Il faut savoir qu’habituellement le diabète apparait avant la survenue de la MC et non l’inverse. À noter qu’il est possible qu’une personne atteinte de diabète de type 1 atteinte d’une MC non diagnostiquée puisse avoir plus de difficultés à contrôler son taux de sucre et vivre plus d’hypoglycémies (baisse du taux de sucre sanguin)

Dans le cas du diabète de type 2 la prévalence de la MC n’est pas plus élevée que dans le reste de la population. Cependant comme 1 personne sur 10 au Québec en est atteinte (830 000 Québécois!)3 il y a quand même plusieurs personnes atteintes de MC qui sont aussi atteintes de cette forme de db.

Dans ces 2 types de diabète il est essentiel d’adopter un mode de vie sain afin de réduire les risques de complications. Ainsi, au niveau de l’alimentation, une attention particulière sera apportée à la gestion des glucides qui sont l’ensemble des sucres: sucre ajouté mais aussi le sucre naturellement présent dans plusieurs aliments (lait, fruits, légumes et produits céréaliers: pain, riz, pomme de terre, pâtes…). Un excès de glucides ou encore une mauvaise évaluation de ceux-ci peut en effet entrainer un mauvais contrôle de la glycémie.

Le double défi

Les personnes qui sont atteintes de la maladie coeliaque et de diabète ont donc une double contrainte alimentaire pour réduire les risques de complications associées à leurs maladies: gestion des glucides et retrait du gluten.

Gérer les glucides signifie en surveiller la quantité mais aussi la qualité puisque les différentes types de glucides n’ont pas toutes le même impact sur la glycémie. En effet, certains glucides sont absorbés plus rapidement que d’autres et sont ainsi moins favorables à un bon contrôle de la glycémie. Par exemple le sucre raffiné (sucre blanc, cassonade, sirops…) est absorbé plus rapidement que le sucre des fruits et les glucides du pain blanc plus vite que le pain fait de grains entiers. La présence de fibres dans un aliment peut améliorer le contrôle du taux de sucre en ralentissant l’absorption des glucides. Malheureusement une personne coeliaque atteinte de diabète est souvent confrontée à des produits de substitution sans gluten qui sont souvent plus riches en glucides à cause de certains ingrédients souvent utilisés pour compenser l’absence de gluten (farine de riz blanc, fécules de tapioca et de pommes de terre….) en plus d’être  de pauvres sources de fibres. Il faut donc garder en tête que les produits transformés sans gluten sont loin d’être nécessairement synonymes de produits santé. Lorsque vous acheter des produits transformés, surveillez bien la liste d’ingrédients pour évaluer la qualité ce ceux-ci mais également le tableau d’information nutritionnelle pour y repérer la quantité de glucides et de fibres.

Et comme la plupart des produits de boulangerie sans gluten sont faits principalement, de farine de riz blanc et de fécules, il est donc particulièrement avantageux de faire ses produits de boulangerie à la maison: biscuits, muffins, barres tendres etc.. à base de farines nutritives.

Des farines différentes sur le plan nutritif

Vous n’avez qu’à consulter ce tableau pour vous rendre compte que le fait de remplacer ces farines par certaine alternatives peut augmenter considérablement l’apport en fibres tout en réduisant l’apport en glucides. Ces valeurs nutritives concernent les farines mais il en va de même au niveau des grains et il serait avantageux par exemple de choisir plus souvent un accompagnement de riz brun ou de quinoa  plutôt que d’opter pour du riz blanc.Pour réduire le risque de présence de gluten, l’on recommande aux personnes coeliaques d’adopter le plus possible une alimentation composée d’aliments de base non transformés (viandes, fruits, légumes, œufs, noix, lait, etc.). Cette recommandation est encore plus vraie pour les personnes coeliaques atteintes de diabète afin d’améliorer la qualité alimentaire (moins de mauvais gras, plus de fibres sel, sucre…) afin de réduire les risques associés au diabète.Dans tous les cas, si vous êtes aux prises avec ce double défi, contactez-moi! Je peux vous aider à mieux équilibrer votre alimentation avec ces contraintes, vous apprendre comment utiliser des farines sans gluten plus nutritives, mieux déchiffrer les étiquettes etc…et vous aidez à établir un plan alimentaire au besoin.

 

Références:

  1. The Australian coeliac March 2016 Kristine Bell: Fat and protein affects insulin requirements in type 1 diabetes
  2. Texte adapté de : Bergeron C., diététiste/nutritionniste (Hiver 2013-2014). Intolérance au gluten et diabète : y a-t-il un lien?, Votre diététiste vous répond, Plein Soleil, Diabète Québec, p. 20-22
  3. http://www.diabete.qc.ca/fr/comprendre-le-diabete/tout-sur-le-diabete/mythes