Mangez-vous vos émotions?

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Article par Jessika Roy, nutritionniste

Ressentir une émotion quand on mange veut-il nécessairement dire que l’on mange ses émotions ? En fait, l’acte de manger fait appel à nos sens et répond à différents besoins physiologiques, psychologiques et sociaux.  Cela ne répond donc pas simplement à un besoin physique. Il est donc NORMAL  de ressentir des émotions lorsqu’on mange.

Manger ses émotions, c’est quand un individu répond à des besoins autres qu’alimentaires par l’ingestion d’aliments, malgré que sa faim ait été amplement comblée au cours de la journée et jour après jour. Cette personne dépasse vraiment sa faim pour des raisons émotives.

Situations menant une mauvaise relation avec la nourriture

Une première situation relève de la privation. La personne se prive et vit un sentiment de culpabilité après avoir trop mangé.  Cela est souvent le cas chez les personnes au régime. Trop manger, même si l’on avait faim, c’est culpabilisant parce que tout régime implique une certaine retenue de la faim. Le fait d’avoir échoué à ce contrôle peut causer de la colère, de la tristesse, de la peur même. Et les émotions négatives en question vont, chez plusieurs, favoriser l’augmentation des rages d’aliments. Et plus on renie sa faim, plus elle devient incontrôlable, donc plus on mange. On entre alors dans un cercle vicieux, où la simple non-satisfaction d’un besoin entraîne toute une confusion.  Cela peut être simplement en mangeant  lorsque la faim se présente. Mais le désir de minceur, cette petite voix qui nous parle quand on veut maigrir, nous rappelle à l’ordre et nous enlève notre droit de manger. C’est un des aspects si nuisibles de la privation. Elle peut attaquer une personne tout à fait équilibrée dans sa façon de manger pour la rendre mangeuse compulsive en quelques tentatives de régime.

Une deuxième situation peut se produire lorsque nous traversons des épreuves, comme un deuil ou une séparation. Nous pouvons remarquer que nos habitudes alimentaires se modifient, et parfois pas pour le mieux. Quand on identifie chez soi un mécanisme de compensation alimentaire à cause d’une trop grande douleur, il ne faut pas s’attendre à ce que ça cesse tout seul. La seule façon de surmonter ces émotions, c’est de les reconnaître, les accepter, les vivre et de répondre au besoin qu’elles représentent. Dans le cas d’une séparation, l’émotion vécue peut être de la tristesse, de la colère,  ou du rejet. A chaque émotion correspond un besoin. Le temps aide certainement à diminuer l’intensité de l’émotion, mais encore une fois, ne fera pas cesser la compensation alimentaire. Pour quelle raison ? En fait, on mange quand on a faim. Et qu’est-ce qui nous fait arrêter de manger ?

Quand on est plein, rassasié, SATISFAIT corporellement. Donc, il n’y a pas de raison que l’acte alimentaire répondant à une émotion cesse par lui-même, car l’aliment ne peut pas et ne pourra jamais remplacer l’amour, la sécurité ou tout autre besoin que celui de manger. L’aliment sert à nourrir le corps quand il a faim. Quand on nourrit notre cœur avec des aliments, le cœur n’a pas vraiment ce qu’il désire. Le cœur veut l’amour, la sécurité, il veut voir disparaître la tristesse et manger ne règle rien. La distraction qu’il procure n’est que temporaire. On mange jusqu’à ce que la douleur d’avoir trop mangé soit plus grande que la douleur que nous cherchons à oublier. Une fois la consommation cessée parce que nous n’en pouvons plus de manger, il ne reste que l’amertume de la douleur profonde qui est toujours là, avec une douleur physique d’avoir trop mangé en plus.

Sortir du cycle

Pour sortir de ce cycle, il est donc inutile de contrôler le symptôme, il faut s’attaquer à la cause, le besoin non comblé.  Il faut :

  1. Identifier nos pensées lorsque nous nous dirigeons vers le garde-manger ou le réfrigérateur. Par exemple, si on remarque qu’on tourne en rond depuis plusieurs minutes avant de se diriger vers le garde-manger, il y a de bonnes chances qu’on vive de l’ennui ou de la solitude. Notre besoin serait donc d’avoir de la compagnie ou d’aller faire une activité satisfaisante, qui nous fait du bien.
  2. Écouter cette petite voix est très révélateur et nous permet de réfléchir aux différentes façons de combler le vrai besoin. Une fois ce besoin comblé, le comportement de compensation alimentaire cesse.

Vous aurez compris que si la compensation est causée par la privation, il est important de recommencer à manger régulièrement et adéquatement. Un bon départ serait de manger trois repas complets et trois collations nutritives par jour. Pour une démarche sensée, n’hésitez pas à me contacter!