Devenir un mangeur intuitif: est-ce possible?

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Marie-Josée Rainville, nutritionniste

Dans la première partie de cet article, Devenir un mangeur intuitif, est-ce possible? je décrivais les 4 premiers principes de base de l’alimentation intuitive, cette approche reconnue visant à favoriser une saine relation avec la nourriture.

Après s’être débarassé des faux espoirs relatifs aux diètes et avoir mis de côté le reflexe de catégoriser les aliments en permis-interdit, vient l’étape d’écouter sa sensation de rassasiement pour savoir quand arrêter de manger.

Ahhh, la sagesse du corps! Non seulement il peut nous dire quand il a besoin de carburant, mais il peut aussi nous dire quand il en a assez. Les gens qui écoutent leurs signaux de faim et de rassasiement laissent la chance à leur corps de réguler leurs apports en fonction de leurs besoins. C’est magnifique comme concept! Notre corps n’a pas des besoins fixes tous les jours. Ces besoins varient à travers les différentes étapes de notre vie. Parfois, nous sommes plus actifs, avons la chance de porter un enfant, de l’allaiter. À d’autres moments, nous bougeons moins, nous vieillissons, la ménopause ou l’andropause approchent. Ces étapes de la vie vont faire augmenter ou diminuer nos besoins, et les signaux de faim et de rassasiement s’ajustent seuls en suivant le rythme. Pas besoin de calculer les calories ou les portions, car notre corps le fait tout seul. Ainsi, une portion peut être tout à fait adéquate une journée, et trop grande ou insuffisante le lendemain. Observez les enfants qui mangent et vous comprendrez la magie de la chose.

Lorsque nous écoutons nos signaux, nous permettons à notre corps de conserver naturellement (sans restriction, sans règle, sans régime) son poids naturel. Le gros défi, c’est de recommencer à percevoir ces sensations qui correspondent avec la fin de la faim. C’est subtil. Ce n’est pas un gros drapeau qui se lève pour nous dire de lâcher la fourchette, mais une sensation graduelle de satisfaction, de soulagement liée à la prise d’aliments. Ce n’est pas se sentir « plein », ou encore manger la « portion raisonnable » ou « terminer son assiette ». Je peux vous dire que la plupart des adultes ont oublié et ne savent plus reconnaitre leurs signaux de faim et de rassasiement. Par contre, avec un peu de patience, et parfois un peu d’aide, c’est possible de le faire. Souvent, j’explique à mes clients que la première étape est de recommencer à ressentir les signaux de la faim et ensuite vient le rassasiement. Pour savoir ce qui se passe quand la faim disparait, il faut savoir bien reconnaitre les signes de la faim moyenne. Une fois cette étape réussie, il faut essayer de comprendre les raisons pour lesquelles, même si on les ressent, on ne les écoute pas toujours.

Et vous, savez-vous arrêter de manger lorsque vous êtes rassasiés? Terminez-vous vos assiettes? Avez-vous de la difficulté à laisser aller les dernières bouchées?

Si vous avez répondu oui à ces questions, bravo! Il vous reste peut-être à découvrir la satisfaction et le plaisir de manger, un principe important de l’Alimentation Intuitive.

Nombreux sont ceux qui entretiennent une relation conflictuelle avec les aliments qui disent « prendre plaisir à manger», mais aussi « manger très vite » et « se battre avec les aliments ». Ouf, c’est compliqué. On a tendance à croire que notre problème, c’est d’aimer manger. Pour moi, c’est faux. Je pense que de prendre plaisir à manger, de satisfaire sa faim, ses papilles, de prendre plaisir à partager un repas avec des gens aimés, de déguster une variété d’aliments est le meilleur moyen d’apprendre à écouter nos signaux de faim et de rassasiement. Si je vous disais que c’est la culpabilité qui vous pousse à manger trop et à manger vite ces aliments que vous aimés, mais que vous ne prenez pas le temps de déguster. Je fais régulièrement faire à mes clients des « expérience de dégustation ». Oui oui, on mange des chips et du chocolat dans le bureau de la nutritionniste! On se questionne sur les textures, les saveurs, les sons, les odeurs. On se demande si on aime réellement les qualités organoleptiques (un gros mot que vus pourrez glisser dans une conversation pour impressionner la galerie!) de nos aliments tabous. Si la réponse est oui, on se fait la promesse de les savourer chaque fois qu’on en mange. Plus question d’enfouir le sac de chips à la vitesse grand V devant la télévision. On s’assoie à la table et on mange une chips à la fois, lentement et en en profitant pleinement.

Comme septième principe de l’alimentation intuitive, un des plus compliqué à adopter est probablement celui de vivre ses émotions sans nécessairement utiliser la nourriture. Ce principe est important car il permet de défaire certains blocages ou automatismes affectant votre façon de manger. Mais il exige également quelques précisions.

On entend souvent l’expression « manger ses émotions ». Pour la plupart d’entre nous, cette expression est associée à l’image d’une personne en larmes assise devant la télévision en train de terminer un litre de crème glacée. La réalité est beaucoup plus subtile que cela. Manger pour calmer une émotion qu’on ne peut reconnaître ou encore que nous jugeons « trop intense » pour y faire face est un mécanisme de défense très commun. Et, vous savez quoi? Ça marche. Oui, manger peut donner l’impression de calmer les émotions, de se sentir mieux, de se réconforter. Ce n’est peut-être pas la manière la plus adaptée à long terme pour gérer ses émotions, mais à court terme, on à l’impression que ça marche. Le problème pour moi est que trop souvent, on ne sait même pas que nous mangeons nos émotions. On confond les signes physiologiques associés aux émotions avec ceux de la faim. Comme plusieurs émotions ont un seuil d’expression dans le système digestif (boule dans l’estomac, gorge nouée, papillons dans le ventre, sensation de vide, etc.) il est facile de comprendre comment cette confusion peut avoir lieu. La première étape pour cesser de manger ses émotions : tenter d’être présent lorsqu’on le fait. Oui, oui, je ne vous dis pas de « résister », d’aller prendre un bain ou d’aller prendre une marche. Je vous dis, si vous mangez pour calmer autre chose que la faim, faites-le de manière consciente. Ça veut dire pas de télévision, pas de livre, pas d’ordinateur. Ça veut dire être assis à la table pour manger. Pourquoi me direz-vous? Parce que pour trouver d’autres mécanismes pour gérer nos émotions, il faut premièrement reconnaître que nous en avons, puis essayer de les identifier. Je ne prétendrai pas être en mesure de vous apprendre comment les gérer adéquatement par la suite (parfois, il faut aller voir le psychologue), mais au moins vous aurez fait les premières étapes. Je dis souvent à mes clients : pour le moment, c’est votre mécanisme de défense, on ne vous l’enlèvera pas d’un coup, mais on va au moins faire en sorte que vous soyez conscients que c’est ce que vous faites!

La suite dans mon prochain article!

En attendant, vous pouvez me contacter et il me fera plaisir de vous accompagner pas-à-pas dans cette démarche afin de retrouver le mangeur intuitif qui sommeille en vous!