L’histoire derrière NSF

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Comment décide-t-on d’aller en Afrique, et revenir avec la mission de fonder un organisme de coopération internationale? Et bien chaque organisme a son histoire…Voici la nôtre!

Tout d’abord, le pourquoi j’ai osé aller en Afrique… Et bien, si vous êtes de ma génération, vous avez surement de vagues souvenirs de votre mère vous disant de manger votre repas et de l’apprécier parce que ‘les enfants du Biafra’ eux, ils en ont pas. De vagues souvenirs d’annonces d’OXFAM avec des enfants qui n’ont que la peau sur les os entourés de mouches. Si vous êtes comme moi, cela vous a touché sur le coup, mais vous avez mis cela quelque part dans un tiroir de votre mémoire, bien enfoui, à l’abri des pensées quotidiennes.

Des problèmes d’abondance

Je suis devenue nutritionniste en 1997 et jusqu’a 2017, j’ai passé 20 ans à essayer de régler des problèmes de ‘Trop’. Trop d’abondance, trop de variété, trop de quantité. Les enfants du Québec ont été ma cause: ils ne savent plus ou donner de la tête et sont incapables de suivre le courant de toute cette variété alimentaire, qui fait qu’on assiste à une normalisation de la néophobie alimentaire. C’est normal, il semble, pour un enfant, de ne pas vouloir goûter à 26 légumes et de préférer les innombrables produits céréaliers raffinés et les 44 saveurs de crème glacée de Baskin Robbins…mais comme nutritionniste pédiatrique, on travaille fort à leur en  faire manger! On essaie autant bien que mal de les démêler à travers toute cette variété, mais comme professionnel, ici au Québec, fait-on vraiment le poids? Nous ne pouvons pas compétitionner avec cette abondance, si bien que notre impact est limité… Et en 20 ans de carrière, des cas de malnutrition sévère semblable à ce qui est courant en Afrique, je peux les compter sur mes doigts d’une main.

Sauf qu’un jour, le tiroir s’est entrouvert. Ma propre fille m’a dit, un beau jour de novembre 2017:  »Maman, je comprends pas comment votre génération fait pour rien faire et continuer de manger trois fois par jour en sachant qu’ailleurs ils meurent de faim. Et je comprends pas pourquoi il y a des services militaires. Il devrait y avoir des services humanitaires obligatoires pour tous, pas des services militaires. » Je suis rarement bouche bée. Tout ceux qui me connaissent le savent, j’ai toujours une opinion et une réplique à tout. Mais là, non. Ma propre fille avait parlé, et j’étais sans mot. Mais pas sans maux!

Dans ma tête, je me suis revue à son âge, encore pleine d’idéalisme, ou moi aussi je trouvais cela inacceptable et j’étais sensible aux vidéos d’enfants du Biafra! Il s’est fait une brèche dans mon tiroir de mémoire.

Faire le grand saut

Une semaine ou deux plus tard, je croisais une famille partant au Bénin, à travers qui j’ai pu connaître un peu la vie la-bas et me rendre compte qu’on ne laisse peut-être pas les enfants se faire dévorer par les mouches pendant qu’on les filme…mais qu’il y a quand même encore énormément de malnutrition chronique en Afrique, et même des solutions de dernier recours comme placer son enfant pour le faire travailler, en espérant récolter quelques sommes pour nourrir le reste de la famille. Des jeunes filles qui ne vont pas à l’école pour porter des denrées au marché, il y en a. Et des nourrissons qui meurent de malnutrition, il y en a au Bénin aussi. Ce n’est pas un lointain vidéo, c’est la réalité.

Alors j’ai eu envie d’aller la voir en face. J’ai donné 20 ans, au TROP de l’Amérique, j’ai décidé de donner un mois de ma vie au ‘PAS ASSEZ’ du reste du monde. Et c’est ainsi que tout cela a commencé!

Jusqu’au jour du départ, ma fille me répétait chaque jour:   »Je le savais: on part  pas! » . Depuis deux mois que les billets étaient achetés et elle n’y croyait encore pas. Moi non plus d’ailleurs., Tout le monde me demandait pour quoi je faisait cela, pourquoi le Bénin…etc. J’ai quitté le sol québécois pour ce périple en n’ayant aucune idée de ce qui nous attendrait, mais je suis revenue avec une ferme intention de faire ma part.

Mais pourquoi?

A part apaiser ma conscience et être cohérente avec mes valeurs en prenant ma fille au mot, j’avais trois objectifs:

  1. Faire tomber les obstacles et les peurs qui empêche quiconque de visiter ce continent: trouver les familles d’accueil, les bons partenaires, tout décrire en détail  à mes collègues du Québec de façon à ce que tout le monde voit qu’aider ailleurs, c’est possible. Pendant des années j’y ai pensé, mais je n’ai pas osé, par peur. Peur de ne pas pouvoir me débrouiller, ou même de me faire enlever pour la traite des blanches!  De mourir de la tourista ou de la malaria, d’être victime d’un Coup d’État…toutes sortes de fabulations me permettant de choisir l’inaction, le statut quo.  Alors je me suis dit que c’était toujours la première fois qui était la pire, et que je pourrais faire la première fois pas seulement pour moi, mais pour toutes les nutritionnistes du monde…créer un pont et voir ce qui adviendra!
  2. Faire connaître la réalité: Je me suis rendue compte  à quel point nosu sommes maintenus dans l’ignorance et qu’on ne sait vraiment que très peu de ce continent – c’est comme un gros flou. J’ai eu envie de  voir les vraies affaires – de ne plus me faire des oeillères, et de découvrir un pays qui a surement beaucoup à nous apprendre!
  3. Entendre les besoins: c’était un premier voyage de NSF,et  on ne change pas une situation en un mois! Mais en faisant le tour du problème en profondeur, en entendant la vision de tous, en se concertant, chaque mission fait ressortir des solutions durables que les professionnels locaux nt envie d’implanter. Ils suffit de les appuyer. C’est à suivre, tout est à inventer, mais chose certaine, c’est notre responsabilité d’au moins essayer!

Il faut en parler pour changer les choses, il faut que la lutte contre la faim soit au coeur des discussions car des enfants meurent chaque jour et depuis 40 ans, les enfants du Biafra de ma mère sont une réalité, ils n’ont pas bougé! C’est parce qu’on ne sait pas trop quoi en penser, nous n’avons pas accès à la réalité dure et pure que vivent les peuples émergents. Il y a tant à partager!

Une façon simple de nous suivre: notre infolettre. Une façon simple de nous soutenir: devenir membre! Un petit 20 qui va loin, et un geste de solidarité que tous peuvent faire aujourd’hui pour mettre fin à la faim dans le monde, ensemble.

Et dans ces temps de bouleversements mondiaux, les pays émergents ont encore plus besoin de solidarité! NSF persévère dans ces projets, mais ce n’est qu’ensemble, à force de soldarité, que la lutte sera gagnée!