Peur de goûter ? Pas de panique !

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Article par Marie-France Lalancette, nutritionniste

Même avec un enfant en santé qui grandit normalement, le stade de la ‘néophobie’ alimentaire est une étape de l’apprentissage de l’alimentation essentielle, que tout enfant doit vaincre. C’est la peur du nouveau. Si on se replace dans un contexte d’évolution de notre espèce, cette phase s’avérait essentielle pour éviter que les petits plus autonomes ne s’empoisonnent à goûter à tout pendant les adultes chassaient le gibier…C’est pourquoi les enfants ont envie d’aliments qu’ils connaissent. Goûter représente, en quelque sorte, l’une de leurs nombreuses nouvelles expériences à manifester du courage. Et il faut avouer que la néophobie a tendance à être beaucoup plus fréquente qu’avec les générations précédentes car l’abondance de variété de produits disponibles n’a jamais été aussi grande. Ceci a de quoi générer des incertitudes…Ce ne sont pas tous les enfants qui sont capables de s’adapter rapidement sur le plan sensoriel. Il faut leur laisser un peu de temps…la variété vient habituellement avec la patience, au fil des ans. Par contre, lorsque la peur de la nouveauté est exagérée, elle peut compromettre la croissance. Et dans certains cas, lorsqu’elle persiste longtemps, l’enfant apprend qu’il obtient plus d’attention quand il ne mange pas que quand il mange. Parce que l’attention est très importante pour un enfant, un enfant préfèrera se retenir de goûter juste pour avoir cette attention, lorsqu’il a appris qu’il pouvait l’obtenir de cette façon. A nous de le convaincre que manger est un choix personnel, et qu’on mange parce que c’est bon, tout simplement !

Voici quelques conseils pour prévenir ou gérer la néophobie alimentaire :

• Soyez patient et demeurez calme suite à ses refus. Présentez les aliments de façon constante tant que la réaction continue de s’améliorer. Plusieurs expositions sont nécessaires. Et il se peut que le brocoli qui ne passait pas du tout à 3 ans soit apprécié seulement à 8 ans ! En ne perdant pas espoir, on évitera les commentaires du genre : ‘Il n’aime pas le brocoli’. Car c’est exactement en entendant ces commentaires que notre petit en vient à s’identifier ainsi ! Mais de toute évidence, les goûts sont dans la nature. Si après de multiples essais c’est toujours aussi répugnant pour l’enfant, il faut lâcher prise car il est possible qu’il n’aimera jamais l’aliment en question!

• Offrez des portions plus petites des aliments moins aimés pour moins décourager votre enfant. Une fois le tout terminé, il aura un sentiment de réussite plutôt que d’échec, et a plus de chance d’en redemander s’il a encore faim. Ayez-en en réserve pour lui en servir encore! Et puisque personne n’aime le gaspillage, quelle meilleure façon de leur apprendre à l’éviter ! Le gaspillage survient quand on a devant nous une portion qu’on a pas choisie, non ? L’enfant qui apprend a connaître ses signaux de faim et de satiété saura mieux évaluer sa portion.

• Soyez créatif! Pour faire goûter des aliments nouveaux, utilisez ce que l’enfant aime déjà. Exemples : Fruits trempés dans le chocolat, crudités trempés dans la vinaigrette, laits frappés avec des fruits pour faire aimer le lait, etc.

• En dehors des repas, par exemple à la collation, jouez avec les aliments avec votre enfant. Faire des bonhommes avec des fruits, faire des dessins avec des céréales sèches, bricoler avec des nouilles.

• Développer les habiletés sensorielles de votre enfant en jouant souvent à deviner les aliments par le toucher, l’odeur, ou le goût, en fermant les yeux. Apprenez-leur ainsi ce qui est sucré, salé, acide ou amer.

• Relevez un défi en famille qui a bien des chances de vous surprendre…Pendant une semaine, cuisinez au moins une fois par jour en impliquant votre enfant dans la préparation, dans un contexte agréable. C’est une semaine d’exploration pour lui ou il laisse tomber des défenses face à la nouveauté!

• Avez-vous déjà essayé la psychologie ‘inverse? Lorsque vous ajoutez un nouvel aliment au menu, n’offrez pas à un enfant d’y goûter et laissez plutôt le plat de service sur la table afin que tous se servent. Laissez-le vous regarder en manger sans aucun commentaire et attendez que votre petit curieux vous demande ce que c’est et dise qu’il en veut et laissez-le se servir. Ce truc fonctionne surtout chez les enfants qui ont un fort esprit de contradiction, ou qui sont dans l’âge ‘difficile’. (Terrible two’s!)

• Lorsqu’il refuse de manger, cessez de réagir. Changez la dynamique! Optez plutôt pour une approche positive. Dites plutôt : C’est ton choix! Moi j’en mange, parce que j’en raffole et quand le repas sera fini, il n’y en aura plus! Et mangez avec intérêt en montrant l’exemple, sans insister. Vous l’aurez à l’usure!

• Comblez son besoin d’attention en dehors des repas. Offrez plus d’attention avant les repas (ex: cuisiner avec lui) et après le repas (ex : jouer avec lui après chaque repas). Offrez moins d’attention en rapport avec les aliments à table, et privilégiez les autres sujets de discussion plaisants pour lui.

Votre enfant est un ‘petit mangeur’? Ne perdez pas espoir! Il y a une chose de certain avec les enfants, c’est que tout change. Ils nous surprennent de jour en jour. Parfois, on s’acharne sur des choses qui se règlent d’elles-mêmes…conservons nos énergies et choisissons nos batailles, manger est avant tout un plaisir, mais la conception de plaisir de votre enfant est peut-être bien différent de la vôtre…