Enfants capricieux ? Repas difficiles !

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Article par Caroline Ouellet, nutritionniste

Encore un autre repas à préparer et vous ne savez plus quoi faire ? Vous tentez désespérément de faire des repas équilibrés, mais Florence ne veut rien savoir des légumes verts. Charles, lui, refuse la viande sous toutes ses formes et Théo ne mangerait que des pâtes blanches. Quand l’alimentation devient une bataille quotidienne, il est normal de se sentir dépassé. Que peut-on faire pour y remédier ?

Peur des aliments ?

Pour certains enfants, le nom un peu étrange d’un nouvel aliment est suffisant pour qu’il refuse d’y goûter. Si par malheur, le brocoli empiète légèrement sur le poulet, ils peuvent aller jusqu’à refuser catégoriquement de toucher à l’assiette. En fait, on remarque ce phénomène chez près de 3 enfants sur 4. C’est ce que l’on nomme la néophobie alimentaire. On qualifie parfois ces enfants de capricieux, mais durant cette période, il faut comprendre que les enfants éprouvent une insécurité bien réelle devant tout nouvel aliment proposé. Pour vous, ce n’est peut-être qu’un simple navet, mais pour l’enfant, c’est une rencontre à l’aveugle vers l’inconnu.
Vous souvenez-vous de votre première visite chez le dentiste ? Vous n’aviez aucune idée de ce qui vous attendait. L’odeur était étrange et les bruits effrayants. Vos parents vous répétaient que tout irait bien, mais vous n’étiez pas rassuré pour autant. C’est un peu ce que l’enfant ressent lorsqu’il traverse la phase de néophobie alimentaire.

Comment réagir ?

Vous vous en doutez peut-être, mais le fait d’insister ne mènera à rien. Plus on insiste, plus il résiste. En adoptant une approche plus positive, l’enfant sera davantage porté à essayer de nouveaux aliments. Inutile de le forcer à manger un aliment qu’il refuse, car même si vous finissez par gagner la bataille, ce sera une victoire de courte durée. Ce qu’on souhaite vraiment, c’est de faciliter les repas pour les jours, les mois et les années à venir. Votre persévérance et votre patience portera fruit, croyez moi!

Suggestions d’interventions 
Vous pouvez suggérer à l’enfant de goûter, mais vous ne devriez pas le forcer. S’il refuse, n’en faites pas tout un plat. La prochaine fois sera peut-être la bonne… peut-être pas, mais ne vous découragez pas! Cela peut prendre 10 et même 20 expositions avant qu’un enfant accepte finalement de goûter. Il est donc très important de continuer à l’exposer à différents aliments. Rappelez-vous que l’exposition peut aussi se faire à l’épicerie, en feuilletant un livre de recette ou en cuisinant par exemple. Il n’est pas essentiel que ce soit toujours à l’heure des repas. Dernière chose, agissez à titre d’exemple. Évitez de passer des commentaires négatifs sur les repas que vous aimez moins. Goûtez, vous aussi, à de nouveaux aliments et savourez les à voix haute. Rendez les intéressants avec des qualificatifs attrayants (croquants, sucrés, juteux). Quoi qu’il arrive, tentez de garder une attitude positive et une ambiance agréable à la table.

Faut-il s’inquiéter ?

Dans les cas de néophobie alimentaire, on remarque souvent que les enfants consomment moins de fruits et légumes et/ou moins des sources de protéines (viande, volaille, poisson, fromage). Ce comportement n’est pas seulement un irritant pour les parents, il a un impact réel sur la qualité de leur alimentation. Si l’enfant refuse une quantité significative d’aliments, il manquera peut-être de calories (énergie) ou de certains nutriments. On pourrait alors remarquer un impact sur sa croissance et sur sa santé en général. Par contre, lorsque l’enfant mange différents aliments de chacun des groupes alimentaires et que les portions semblent acceptables, le risque de carences en nutriments est beaucoup moins présent. Si vous ressentez des inquiétudes, n’hésitez pas à vous référer à un(e) nutritionniste qui pourra vous aider.

Quand est-ce que ça se termine ?

La période de néophobie alimentaire est d’une durée variable selon les enfants. Je vous rassure, elle fait partie du développement normal de nos petits goûteurs, mais pour y mettre fin, il faut y mettre du sien. Votre attitude aura un impact sur la durée et l’intensité de cette phase de sélectivité alimentaire. Soyez patient, soyez positif et offrez l’opportunité à votre enfant de découvrir les aliments de mille et une façons différentes.

Un jour, ce sera chose du passé !