Petit mangeur: Mon enfant ne veut rien manger!

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Article par Pascale Roy, nutritionniste

La préparation des repas est une tâche quotidienne avec laquelle jonglent toutes les familles et ce, trois fois plutôt qu’une! Encore plus quand votre enfant est un petit mangeur.

C’est un moment familial qui devrait être agréable pour tout le monde. Malheureusement, il peut arriver pour certains que ce moment vire au cauchemar et devienne un combat sans fin avec nos petits mangeurs.

Vous avez tout essayé pour faire manger votre enfant et sa résistance n’a d’égal que l’ardeur de vos efforts? Vous vivez un sentiment d’impuissance que bien des parents vivent, vous n’êtes assurément pas seuls! Armez-vous de patience et de persévérance, encadrer l’enfant qui a des difficultés alimentaires vous demandera certains efforts, mais aussi un certain lâcher prise. Que votre progéniture soit réfractaire devant la nouveauté et conservateur dans ses choix, qu’il ait un appétit d’oiseau facilement perturbable ou peu d’intérêt pour les aliments en général, les quelques conseils qui suivent pourront vous aider et vous saurez mieux quand (ou pas!) vous inquiéter avec raison.

L’appétit, les hauts et les bas…

Les difficultés alimentaires de l’enfant peuvent s’exprimer de différentes façons, être affectées par différents facteurs et avoir différentes causes à leurs origines.

L’appétit chez l’enfant,et surtout chez le petit mangeur, comme chez l’adulte, peut varier d’un repas à l’autre, d’une journée à l’autre et d’une semaine ou mois à l’autre et c’est normal! Certains mangent peu mais mangent de tout et arrivent à combler leurs besoins, à grandir et à maintenir une bonne santé. Il n’y a alors pas lieu de s’inquiéter. Dans d’autres cas, l’équilibre peut être déficient en lien avec les méthodes de compensation appliquées par les parents inquiets. Des efforts excessifs pour deux bouchées de plus, des récompenses alimentaires négociées, des durées de repas anormalement longues, des fréquences de repas atypiques, des textures non adaptées à l’âge et autres comportements sont tous des exemples de ce vers quoi les parents sont naturellement portés pour que leur petit mange. Pourquoi? Parce que l’une des premières responsabilités d’un parent que de vouloir nourrir son enfant, c’est un instinct à la base même de la survie de l’espèce! Cependant, ces méthodes ne sont pas sans conséquence.

Pas de panique! L’alimentation est une action complexe qui peut être difficile à décortiquer. Plusieurs facteurs entrent en jeu, certains sur lesquels vous avez le contrôle alors que d’autres moins ou pas du tout. Votre petit qui lève le nez sur son repas ne cherche pas nécessairement à vous manipuler, il y a une raison derrière son refus.

Le rythme de croissance (qui n’est pas stable et linéaire dans le temps), les habiletés oro-motrices en développement, l’état de santé, le niveau de fatigue, l’interaction parent-enfant et les expériences alimentaires passées (positives ou négatives) font tous partie des nombreux facteurs pouvant influencer l’appétit de l’enfant difficile.

Et maintenant, je fais quoi?

Comme parent, votre responsabilité lorsqu’il s’agit de nourrir votre enfant est de décider QUOI, QUAND, et COMMENT.

Quant à l’enfant, sa responsabilité est de décider COMBIEN il consommera.

QUOI?
C’est à vous de décider ce qui doit se trouver dans l’assiette. Vous souhaitez nourrir votre enfant avec de bons aliments et lui offrir une variété à l’intérieur de laquelle il trouvera quelque chose à son goût. Vous pouvez le faire participer au choix du repas mais gardez en tête que vous voulez l’exposer à la variété et cet élément est de votre responsabilité.

QUAND?
C’est à vous de décider du moment du repas et des collations. Un horaire stable avec 3 repas par jour entrecoupés de collations et une durée de repas raisonnable (environ 30 minutes) seront favorables à l’appétit. Si votre enfant grignote ou boit n’importe quand pendant la journée, il est peu probable que son appétit soit à son meilleur aux repas. Assurez-vous de ne rien donner à boire ou à manger au cours des deux heures précédant chaque repas. Donnez des collations nutritives et en portions raisonnables pour éviter qu’elles ne prennent la place du repas suivant. Si votre enfant est occupé dans ses activités de jeux, avisez-le une dizaine de minutes à l’avance pour qu’il s’y prépare mentalement, il sera ainsi mieux disposé.

OÙ?
À table! Sans distraction! Pas de télévision, pas de jouet, on souhaite que l’enfant prenne l’habitude de rester connecté à ses signaux de faim et satiété. Une habitude à maintenir en bas âge est favorable à une bonne relation avec la nourriture rendu à l’âge adulte.

COMMENT?
En présence de sélectivité alimentaire, restez calme, ne faites pas de chantage, de pression ni de négociation, ne commentez pas les quantités, les refus ou les « caprices ». Assurez une atmosphère calme et plaisante, sans conflit, pour que l’heure du repas soit reconnue comme un moment agréable. Donnez-lui l’exemple, mangez avec lui, mangez la même chose que lui! Vous pouvez l’encourager à goûter mais surtout, ne le forcez pas! Évitez le camouflage systématique d’aliments et évitez d’offrir un 2e ou 3e choix, ça ne fera qu’entretenir la difficulté.

Une fois le repas terminé, rangez les restes jusqu’au prochain repas ou collation, ne les laissez pas disponibles en tout temps.

COMBIEN?
C’est la responsabilité de l’enfant. Faites-lui confiance, il est le mieux placé pour connaître son appétit et surtout, on veut qu’il prenne l’habitude de le respecter. Un contrôle rigide de cet aspect de son développement peut mener à relation malsaine avec la nourriture même si à la base, l’intention est bonne!

Face à un petit mangeur qui a peu d’appétit, offrez une plus petite portion, s’il mange tout et a encore faim, vous pourrez lui en offrir un peu plus, sinon il mangera d’avantage au repas suivant.

Par contre, ne lui refusez pas le dessert s’il est disponible et offert au reste de la famille à un repas, même s’il a peu mangé.

Quand s’inquiéter?

La majorité du temps, une baisse d’appétit chez l’enfant n’est pas pathologique et fait plutôt suite au ralentissement de croissance. Évidemment, comme parents, vous êtes les mieux placés pour détecter un changement de l’état général de votre enfant.

Voici quelques pistes qui suggèrent un problème qui pourrait nécessiter une consultation médicale et un encadrement professionnel avec un.e nutritionniste.

Si votre enfant présente :

  • un retard de croissance;
  • des symptômes digestifs récurrents ou persistants tel que reflux gastro-oesophagien (RGO), vomissements, douleurs abdominales, diarrhée, constipation, présence de sang et/ou de mucus dans les selles, etc.;
  • une capacité et/ou habileté oro-motrice qui ne correspond pas à son âge développemental (difficultés avec les textures, garde les aliments dans sa bouche, etc.);
  • des blocages alimentaires suite à un ou des événements traumatisants;
  • une sélectivité alimentaire et/ou une rigidité alimentaire importantes qui limitent la qualité de l’alimentation.

Si vous considérez vos inquiétudes justifiées et avez besoin d’être rassuré sur l’évolution, le développement et l’état général de votre enfant, n’hésitez pas à me consulter! Il est toujours préférable de prévenir que de guérir et plus on laisse s’installer un comportement, plus il peut devenir difficile à corriger par la suite.