Paleo, hypotoxique…alouette!

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Article par Marie-France Lalancette, nutritionniste

Parmi toute la panoplie…Quelle diète choisir ?

Paleolithique, ancestrale, hypotoxique…La mode est à la diète de nos ancêtres. Je vous présente ici ma perspective de nutritionniste, qui dans une vie antérieure, était avant tout biologiste-écologiste. Remettons les pendules à l’heure en faisant voir la question de l’évolution de l’alimentation dans toute sa globalité.

Première question digne d’intérêt: Avons-nous vraiment le même bagage génétique que Cro-Magnon, et celui-ci était-il en si bonne santé qu’on le prétend ? Autre question pertinente : nos ancêtres mangeaient-ils vraiment autant de viande qu’on le croit ?

L’humain: un herbivore à la base

Après avoir évolué en Homo Erectus, l’humain s’est distingué de son ancêtre primate en commençant à manger de la viande. Mais avant Homo Erectus, nous étions bel et bien des herbivores ! Si la théorie du bagage génétique est vraie, nous sommes encore plus adaptés à la consommation d’aliments végétaux que nous ne le sommes à la viande. C’est inscrit quelque part dans notre bagage génétique…Les adeptes du végétarisme sont peut-être ceux qui sont les mieux adaptés, finalement. D’ailleurs, le végétarisme, comme facteur de prévention des maladies chroniques, est un mode alimentaire qui s’impose de plus en plus comme un modèle à imiter. Néanmoins, revenons à nos moutons.

La vérité: Nos ancêtres mangeaient…ce qu’ils pouvaient!

Il est difficile de vraiment savoir ce que nos ancêtres mangeaient. Les anthropologistes étudient donc le régime des derniers chasseurs-cueilleurs à subsister envers et contre tous : Les tribus indigènes, parsemées un peu partout sur la planète. Ils en viennent à la conclusion que les tribus qui ont conservé ce mode d’alimentation traditionnel ne s’alimentent pas tous de la même façon. Certes, la base de leur alimentation serait la viande maigre, les poissons, les baies, le miel et quelques tubercules déterrées ici et là et ils ne consomment aucun produits laitiers, ni haricots, ni grains puisque ceux-ci découlent directement de l’agriculture à laquelle ces sociétés n’ont pas accès. Mais les proportions des calories provenant de la viande auraient varié beaucoup selon l’environnement dans lequel ils évoluaient.

Les anthropologues croient également que la viande n’était pas si accessible que cela pour nos ancêtres. Quoique leur préférence aille définitivement vers la viande, il n’en demeure pas moins qu’ils devaient se contenter la plupart du temps de ce que les femmes cueillaient patiemment, et donc des sources de calories non-animales. Une prise de viande par semaine, ç’est loin de nourrir son homme… Quand un homme pêchait une belle prise, on fêtait et on dansait…quand une femme préparait une belle purée de yam, ça chialait probablement ! Mais n’en demeure pas moins que c’est ce qui gardait la famille en vie.

Donc, avant de pouvoir prétendre que la diète paléolithique est réellement un exemple à suivre, il faudrait prouver que nous avons vraiment tous évolué à partir d’une alimentation essentiellement carnivore, ce qui est loin d’être une question réglée. Les paléontologistes et anthropologistes s’entendent pour dire qu’il n’y a pas une seule diète paléolithique mais bien plusieurs.

Aurions-nous une perception plutôt romantique de cette époque ? La réalité est que la vie de nos ancêtres n’était pas si simple et que l’évolution était obligatoire pour survivre. La nourriture était rare. A mesure que l’humain est devenu plus habile à chasser et à créer des outils, et que le feu lui a permis de faire cuire sa pitance, l’humain a pu accéder à une source d’énergie plus dense, donc de développer son cerveau, et également son espérance de vie. Une nourriture énergétiquement plus dense procure à toute espèce la possibilité de nourrir plus de rejetons, donc par conséquent, selon Darwin, nous avons réussi à très bien nous en tirer en tant que créatures omnivores. Homo erectus a réussi à augmenter significativement son apport calorique. Le volume de notre intestin a également pu diminuer en conséquence.

Le cerveau d’un humain nécessite environ 20 % de son énergie au repos, en comparaison de celui des primates qui ne requiert que 8 %. C’est donc dire que depuis Homo erectus, notre corps dépend largement d’une diète très riche en énergie, et les viandes ont favorisé cette évolution. Mais pas seulement les viandes…

Des glucides plus accessibles à la base de l’évolution de notre cerveau

Il y a environ 10 000 ans, notre alimentation humaine a réellement fait un virage majeur grâce à l’invention de l’agriculture. La domestication de grains tel que l’orge, le blé, le maïs et le riz a permis de créer amplement de ressources alimentaires prévisibles, permettant aux femmes de pouvoir avoir plusieurs enfants de façon consécutive.

Selon les anthropologues de l’alimentation, l’agriculture a permis de raccourcir l’intervalle entre deux enfants de 3.5 années à 2.5. De plus, le cerveau étant gluco-dépendant, les glucides plus accessibles auraient favorisé notre développement cérébral comme jamais auparavant. Nous avons comme espèce, fait un sacré bond en matière d’intelligence…Et la population humaine a commencé à exploser. Les fermiers sont devenus majoritaires par rapport aux nomades parce que ce mode de vie assurait les meilleures chances de survie. Remarquez que les meilleures chances de survie ne sont pas nécessairement synonymes des meilleures chances de santé.

Il n’en demeure pas moins que nous sommes devenus les humains que nous sommes, indestructibles et rasant tout sur notre passage grâce à cette transition vers l’agriculture. Si cela nous a permis de devenir le prédateur no1 parmi toutes les espèces, c’est que notre bagage génétique a dû s’adapter quelque part…

L’évolution, un phnomène continu

Par ailleurs, il est faux de croire que notre génétique a cessé d’évoluer après la période paléolithique. Nos cerveaux ont grossi, nos mâchoires et notre estomac ont rapetissé et notre ADN n’est plus le même depuis l’invention de l’agriculture. Prenons simplement l’exemple de la tolérance au lactose. C’est quand l’humain a commencé à domestiquer les bovins qu’il est devenu extrêmement avantageux de pouvoir digérer le lait. Les cultures qui ne dépendaient pas des bovins tels que les asiatiques, les Indiens et les peuples de l’Afrique de l’Est demeurent à ce jour intolérants au lactose, alors que les cultures qui ont commencé à en dépendre à l’époque ont finalement appris à tolérer le lactose.

L’humain: un omnivore avant toute chose

Historiquement, on peut donc constater que nous ne sommes pas ce que nous mangeons. L’humain est un omnivore. Ce qui nous distingue des autres animaux est justement notre habileté à nous alimenter à partir d’à peu près n’importe quel environnement.

Est-il vraiment logique de penser que nous puissions revenir au même mode d’alimentaire que Cro-Magnon et que ceci représente vraiment LA solution? Nous n’avons plus le même cerveau, nous sommes définitivement moins actifs, et nos besoins sont nettement supérieurs à nos ancêtres. Maintenant que notre cerveau est de cette taille, il faut bien le nourrir. Et ce cerveau s’en tire très bien avec la répartition énergétique fournissant la moitié des calories sous forme de glucides, tel que les nutritionnistes le recommandent pour une santé optimale. De plus, la viande que nous mangeons n’est plus la même.

Une alimentation carnivore en 2017 nous apportera-t-elle réellement la santé? Car nous sommes loin d’apprêter notre viande selon les mêmes modes de cuisson et dans les même gras que nos ancêtres… Les fruits et les légumes que nous mangeons ont également bien changé.

Une alimentation basée presque exclusivement sur les viandes est loin d’être adaptée à notre mode de vie sédentaire. C’est plutôt un facteur qui favorise l’athérosclérose, et à choisir entre un mode de vie carnivore et herbivore, il faut avouer que le fait de manger plus de plantes risque de profiter plus à la race humaine qu’un virage à 180 degrés vers le carnivorisme. Sans compter que les adeptes de la diète paléolithique sont souvent des consommateurs de protéines en poudre, ce qui comporte en soi plusieurs risques pour la santé.

En d’autres mots, si on prend la perspective écologique ou historique, la diète humaine idéale n’existe pas. Nous sommes capables de nous adapter à plusieurs habitats et de combiner plusieurs aliments différents pour créer plusieurs diètes adaptées à nos besoins. Et la variété est ce qui nous a amené si loin.

Malheureusement, notre diète occidentale n’est probablement pas la plus optimale non plus! Nous sommes probablement victimes de notre propre succès. Nous sommes devenus tellement habiles à transformer la nourriture que pour la première fois dans l’histoire de l’évolution humaine, les humains consomment plus de calories qu’ils n’en dépensent. C’est l’une des conséquences les plus néfastes de notre mode alimentaire hautement transformé. C’est cette augmentation de la transformation à l’échelle mondiale, qui contribue à l’augmentation des maladies chroniques.

Adoptons la diète du Gros Bon Sens

Et si votre diète idéale en 2017 était la diète du Gros Bon Sens ? Celle qui correspond tout-à-fait à notre génétique d’omnivore qui peut tirer parti de plusieurs sources d’énergie grâce à une variété d’aliments sains et non-transformés ? Celle qui, en même temps, respecte vos signaux de faim et de satiété ? Celle qui ne se nourrit pas d’obsession et de décompte de calories, mais d’imagination, d’intuition et de plaisir des sens ?

Vous trouverez sur Passeport Nutrition des nutritionnistes dévouées qui n’ont qu’une seule mission : vous encourager à adopter cette diète : La Diète du Gros Bon Sens ! Nous ne venons pas de l’inventer, nous en parlons depuis des décennies, et elle peut sembler fade ou ‘hasbeen’ à force de nous entendre la répéter… Mais il est probablement grand temps de penser à l’adopter, pour votre bien-être et celui des générations à venir…et aussi pour leur plaisir !

Source des informations propres à l’anthropologie : National Geographic, The evolution of Diet