Suivez la première Nutritionniste Sans Frontières dans ses aventures au Bénin!

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Ma fille, hier encore, me disait:  »Je le savais: on part  pas! » . Depuis deux mois que les billets sont achetés et elle n’y croit encore pas. Moi non plus d’ailleurs, et il est 5h38 du matin, jour de mon départ, et je suis en train d’écrire cet article. Tout le monde me demande pour quoi je fais cela, pourquoi le Bénin…etc. Je me suis dit qu’il était un peu temps pour des explications, puisque c’est bel et bien vrai, dans 6h40 exactement, je quitte le sol québécois pour ce périple et je n’ai aucune espèce d’idée ce qui m’attend, (ou presque)!

Tout d’abord, le pourquoi je pars. Et bien, si vous êtes de ma génération, vous avez surement de vagues souvenirs de votre mère vous disant de manger votre repas et de l’apprécier parce que ‘les enfants du Biafra’ eux, ils en ont pas. De vagues souvenirs d’annonces d’OXFAM avec des enfants qui n’ont que la peau sur les os entourés de mouches. Si vous êtes comme moi, cela vous a touché sur le coup, mais vous avez mis cela quelque part dans un tiroir de votre mémoire, bien enfoui, à l’abri des pensées quotidiennes.

Je suis devenue nutritionniste et j’ai passé 20 ans à essayer de régler des problèmes de ‘Trop’. Trop d’abondance, trop de variété, trop de quantité. Les enfants du Québec ont été ma cause: ils ne savent plus ou donner de la tête et sont incapables de suivre le courant de toute cette variété alimentaire, qui fait qu’on assiste à une normalisation de la néophobie alimentaire. C’est normal, il semble, pour un enfant, de ne pas vouloir goûter à 26 légumes et de préférer les innombrables produits céréaliers raffinés et les 44 saveurs de crème glacée de Baskin Robbins…mais comme nutritionniste pédiatrique, on travaille fort à leur  faire manger! On essaie autant bien que mal de les démêler à travers toute cette variété, mais comme nutritionniste, on ne fait pas le poids! Nous ne pouvons pas compétitionner avec cette abondance, si bien que notre impact est mineur. En 20 ans, des cas de malnutrition sévère, je peux les compter sur mes doigts…

Sauf qu’un jour, le tiroir s’est entrouvert. Ma propre fille m’a dit, il n’y a de cela que 6 mois à peine:  »Maman, je comprends pas comment votre génération fait pour rien faire et continuer de manger trois fois par jour en sachant qu’ailleurs ils meurent de faim. Et je comprends pas pourquoi il y a des services militaires. Il devrait y avoir des services humanitaires obligatoires pour tous, pas des services militaires. » Je suis rarement bouche bée. J’ai même choisi mon mari sur cette base, parce que c’était le seul homme qui a réussi à me clouer le bec,  et ce déjà à notre première date. C’était une sensation étrange…cet homme avait une présence d’esprit qui égalait la mienne alors je l’ai marié! (Et ce sera difficile de m’en passer un mois, ainsi que de ma plus jeune…) Mais tous ceux qui me connaissent le savent, j’ai toujours une opinion et une réplique à tout. Mais là, non. Ma propre fille, qui tient de son père, avait parlé, et j’étais sans mot. Mais pas sans maux!

Dans ma tête, je me suis revue à son âge, encore pleine d’idéalisme, ou moi aussi je trouvais cela inacceptable et j’étais sensible aux vidéos d’enfants du Biafra! Il s’est fait une brèche dans mon tiroir de mémoire.

Une semaine ou deux plus tard, je croise une famille partant au Bénin, à travers qui j’ai pu connaître un peu la vie la-bas et me rendre compte qu’on ne laisse peut-être pas les enfants se faire dévorer par les mouches pendant qu’on les filme…mais qu’il y a quand même encore énormément de malnutrition sévère en Afrique, et même des solutions de dernier recours comme placer son enfant pour le faire travailler, en espérant récolter quelques sommes pour nourrir le reste de la famille. Des jeunes filles qui ne vont pas à l’école pour porter des denrées au marché, il y en a. Et des nourrissons qui meurent de malnutrition, il y en a au Bénin aussi. Ce n’est pas un lointain vidéo, c’est la réalité.

Et j’ai eu envie d’aller la voir en face. J’ai donné 20 ans, au TROP de l’Amérique, c’est dans 5h10 que je vais donner un mois pour le ‘PAS ASSEZ’ du reste du monde.

Alors à quoi ce voyage servira-t-il donc, si ce n’est que d’apaiser ma conscience et être cohérente avec mes valeurs en prenant ma fille au mot, j’ai trois objectifs qui sont bien clairs pour moi:

  1. Faire tomber les obstacles et les peurs, car au fond c’est ce qui empêche chaque nutritionniste qui pense comme moi de le faire: trouver les familles d’accueil, les bons partenaires, tout décrire en détail  à mes collègues du Québec de façon à ce que tout le monde voit qu’être nutritionniste ne se limite pas au Québec et qu’aider ailleurs c’est possible. Pendant des années j’y ai pensé, mais je n’ai pas osé par peur. Peur de ne pas pouvoir me débrouiller, ou même de me faire enlever pour la traite des blanches!  De mourir de la tourista ou de la malaria, d’être victime d’un Coup d’État…toutes sortes de fabulations me permettant de choisir l’inaction, le statut quo.  Alors je me suis dit que c’était toujours la première fois qui était la pire, et que je pourrais faire la première fois au nom de toutes les nutritionnistes, pas juste pour moi. D’ailleurs d’autres sont déjà prêtes à acheter leur billet, et si Coalition il y a, c’est parce que d’autres ont eu envie de faire la même chose. Mais faire tomber les peurs, ça ne se fait pas sans un partenaire solide et rassurant, qui prend tout en charge pour nous simplifier la vie, que j’ai trouvé en Action Bénévole du Bénin International, que je remercie du fond du coeur pour leur soutien!
  2. Faire connaître la réalité: Je me rends compte qu’on en sait vraiment peu de ce continent – c’est comme un gros flou. J’ai envie de  voir les vraies affaires – de ne plus me faire des oeillères, et de découvrir un pays qui a surement beaucoup à nous apprendre! Et il y a des nutritionnistes la-bas, et selon moi, vraiment plus compétents que moi car ils doivent se débrouiller avec si peu! La solidarité est importante pour moi, et ne s’arrête pas aux nutritionnistes du Québec…créer un pont entre les nutritionnistes d’ici et d’ailleurs est j’en suis convaincue, la clé pour lutter efficacement contre la malnutrition.
  3. Entendre les besoins: c’est un premier voyage de la Coalition Nutritionnistes Sans Frontières, on ne changera pas la situation en un mois! Mais en faisant le tour du problème en profondeur, en entendant la vision de tous, en se concertant, j’espère pouvoir faire ressortir des solutions durables que les nutritionnistes qui suivront auront envie d’aller implanter. C’est à suivre, tout est à inventer, je pars sans aucume idée préconçue sur ce que seront ces solutions. L’avenir me le dira, et j’espère que ce sera dans le prochain mois!

Pourquoi le Bénin?

Plus j’apprend sur ce pays, plus j’ai envie d’y aller! Premièrement c’est francophone. Mais surtout, les béninois ont la réputation d’être accueillants comme peuple. Troisièmement, c’est pacifique et sécuritaire. Du moins à ce qu’on me dit! (Mais me connaissant, il risque de m’arriver des aventures qui n’arrivent à personne, mais je finirai par en rire!) Quatrièmement, c’est démocratique depuis peu, tout est à faire, le désir d’aider le peuple à devenir autosuffisant est là. Il manque juste un petit coup de main des pays plus fortunés pour qu’ils prennent leur envol. Une destination touristique de choix selon moi, une porte d’entrée pour nous rendre l’Afrique plus accessible, pour toutes les raisons que je viens de souligner. Mais c’est ce que nous verrons, car nous n’y sommes pas encore!

Je me fais un devoir de faire connaître les détails de cette mission à qui voudra bien la partager avec moi. Car il faut en parler pour changer les choses, il faut que la lutte contre la faim soit au coeur des discussions car des enfants meurent chaque jour et depuis 40 ans, les enfants du Biafra de ma mère sont une réalité, ils n’ont pas bougé! C’est parce qu’on ne sait pas trop quoi en penser, nous n’avons pas accès à la réalité dure et pure, celle dont je passerai le prochain mois à tenter de constater et de vous en transmettre les témoignages que je récolterai.

Trois façons de nous suivre, moi et ma fille, dans cette aventure: L’infolettre de la Coalition Nutritionniste Sans Frontières ou nos capsules vidéos sur la chaîne Youtube Passeport Nutrition, ou suivre Action Bénévole au Bénin qui nous suivrons pas-à-pas durant cette aventure.

Je promet de vous décrire en détail et en temps réel, ce que nous y mangerons bien sur, mais aussi ce que nous apprendrons durant ce voyage. Découvrir le Bénin à travers les Nutritionnistes Sans Frontières, une façon de voyager, de connaître la réalité, sans les risques associés! N’oubliez pas de partager ce que vous apprendrez, car il faut en parler!

A très bientôt! J’ai hâte de goûter au gbo pkètè, fait à base de sang de mouton et de vous donner mes impressions! Et surtout de filmer la réaction de ma fille, a priori assez dédaigneuse…Ça promet!

Pour soutenir la Coalition dans ce projet, cliquez ici!