Mettre fin à la faim du monde: une utopie?

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Article de Marie-France Lalancette, nutritionniste sans Frontières

La première fois que je suis partie en Afrique pour y voir la réalité de mes propres yeux, j’obtenais trois types de réaction à chaque fois que j’annonçais mon départ: Soit j’allais attraper la malaria, soit j’étais mieux de me préparer à vivre le ‘racisme envers les blancs’, soit j’allais tout simplement y aller pour rien: Une goutte d’eau dans l’océan…la réaction la plus fréquente.

Et bien à peine 8 mois après la première mission, la Coalition Nutrition sans Frontières a déja accompli tellement qu’on assiste plutôt à un raz-de-marée! Et ce sans racisme ni malaria!

Avec ardeur et persévérance, les volontaires de la Coalition savent qu’elles ont du pain sur la planche, mais elles ressentent déjà une énorme satisfaction en voyant tout ce qu’elles peuvent changer à la qualité de vie des mères et des enfants des pays émergents. Elles changent déjà la vie de milliers de personnes!

Entre autres, les missions (et de nombreuses heures bénévoles entre les missions!) ont servi à transférer des compétences aux nutritionnistes du Bénin afin de mieux les outiller dans leur lutte contre la malnutrition. De nombreuses rencontres sur place auprès de ministres, chefs de départements, pédiatres et associations de professionnels ainsi que de multiples séances de travail ont permis bien comprendre les besoins. Eureka! Des solutions concrètes se pointent à l’horizon, et une collaboration durable s’installe: un projet pilote de prévention de la malnutrition, inspiré de notre programme québécois OLO,  voit le jour et s’étalera sur deux ans. Par la suite, la preuve sera faite non seulement que la prévention par l’intervention nutritionnelle individuelle porte fruit et améliore la qualité de vie mais réduit également la mortalité infantile et les bébés de petits poids. La façon d’aborder le problème de la malnutrition au Bénin s’en verra transformée. Des graines que les missionnaires de la Coalition sont heureuses de semer! Beaucoup de pain sur la planche pour nos volontaires…et aussi énormément de fonds à lever pour rendre ce projet possible.

Impliquer tout le monde dans la lutte contre la faim

La faim, ça concerne tout le monde, pas seulement les nutritionnistes! C’est pourquoi la Coalition invite tous et chacun à contribuer selon ses capacités. Peu importe l’âge, le métier ou la profession, tout le monde peut contribuer à enrayer la faim par des actions concrètes. D’ailleurs, un groupe de 10 jeunes volontaires, qui ont baptisé eux-mêmes leur projet ‘Monde demain’, se préparent déjà à partir un mois à l’été 2019 pour aller soutenir la construction de serres hydroponiques permettant de soutenir l’autosuffisance de mères monoparentales en difficulté afin qu’elles puissent survenir à leur famille. En partenariat avec l’ONG Espoir de Vivre, des jeunes d’ici et du Bénin mettront la main à la pâte pour un avenir meilleur…une histoire inspirante que vous pourrez suivre sur leur nouvelle page Facebook,  Monde Demain. Vous pouvez dès maintenant les appuyer dans leur projet!

Un effet Boule de Neige

Contrairement à ce que nous pouvons le penser, tout ce que nous faisons pour venir en appui aux peuples émergents produit un réel effet d’entraînement. Traverser l’océan pour aller leur prêter main forte, c’est avant tout leur redonner espoir, et aussi confiance. Sortir de l’ombre aux yeux  des pays développés, les pays d’Afrique n’attendent que ça, car cette solidarité est cruciale. Il faut créer un pont, partager pour leur permettre de se sortir la tête de l’eau.  Et chaque volontaire, ou ‘touriste humanitaire’, change la vie  des gens qu’il rencontre simplement par sa présence, par d’enrichissants échanges et par toutes les richesses intérieures qu’il ramène dans son entourage au pays d’origine.

Faire du bien là ou ca compte vraiment, c’est un virus contagieux, que les missionnaires de longue date appellent le ‘Virus Africanus’! Et ce n’est pas que l’action humanitaire qui fasse du bien. L’Afrique, et les peuples africains bien sur, gagne à être connue pour tant de raisons insoupconnées…

J’ai attrapé ce virus et je voulais contaminer tout le monde autour de moi. Avec toute la générosité et la solidarité dont nous sommes capables au Québec, cela n’a pas été difficile de rallier plusieurs membres à mon retour, des personnes de coeur qui se sont senties interpelées par toute la souffrance que subissent les enfants des pays émergents. Car ces pays se développent rapidement sur le plan touristique ou commercial, mais malheureusement, les mères et les enfants, surtout en dehors des régions urbaines, sont encore laissés pour compte et ne profitent nullement de cet essor. La Coalition leur donne une voie et soutient les professionnels dont les nutritionnistes, qui ont à coeur d’aider leur pays.

Chacun sa petite part

Tout le monde n’a pas en soi le gène Mere Teresa, ou le portefeuille de Rockefeller. Mais il en faut si peu pour aider beaucoup. Par exemple, avec 25$ canadien, les mères d’une communauté peuvent se procurer 50 poussins de poules pondeuses qui pourront offrir un oeuf par jour à tous les enfants de leur village. Mais il reste encore à convaincre les pères… Car au Bénin, les hommes mangent avant, et on n’est pas chaud à l’idée de donner les oeufs aux enfants: La légende dit qu’ils deviendraient des voleurs…

J’ai tenté personnellement l’expérience. J’ai convaincu un ONG de collaborer afin de prouver le contraire, dans un village béninois près de Ouidah que j’ai visité ou la malnutrition des enfants était chronique pour plus du tiers d’entre eux. Mes poussins dont les oeufs sont destinés spédifiquement aux enfants, avec les bons soins d’un agronome béninois bénévole,sont bien vivants, et fêteront leur anniversaire de deux mois. 50 moins un d’entre eux…qui a rendu l’âme il y a deux semaines…il en reste quand même 49  bien vigoureux sur 50, et au Bénin, vu les conditions d’hygiène, c’est en soi un exploit!

C’est peu mais c’est concret, et en attendant que les projets de la Coalition prennent forme, j’avais envie de voir des impacts réels sur la vie des enfants dès maintenant. De faire un premier pas sur le terrain. Et j’ai très hâte de retourner offrir moi-même les oeufs durs marinés aux enfants, qu’ils pourront déguster les jours suivants et d’accompagner cette communauté.  Ils seront assez grans pour pondre pour le jour de l’An! Grâce aux nutritionnistes locaux, le travail se poursuivra sur le terrain car le mythe des oeufs n’est que la pointe de l’iceberg… Mais l’ONG Espoir de Vivre est convaincu et déterminé à répandre la bonne nouvelle que l’apport en protéines apporté par un oeuf par jour et surtout, par l’intervention des nutritionnistes, peut faire une grande différence.

A force de sensibilisation et persévérance, petit coco deviendra grand…Ce peuple a de grandes aspirations. Un jour,  le petit pays qu’est le Bénin qui ne fait pas parler de lui parce qu’il est des plus pacifiques et donc ne fait pas beaucoup de vagues, ne sera plus si petit que ça, et montrera le ton aux pays qui l’entourent. L’intérêt pour la Coalition et ses actions commence déjà a rayonner dans les pays avoisinants. A suivre!

Quand on y réfléchis bien, il est aberrant qu’encore en 2018, avec toute la technologie dont nous bénéficions, qu’autant d’enfants meurent encore de faim aujourd’hui. Nous connaissons toute la cartographie du génome humain. Nous allons dans l’espace. Mais juste de l’autre côté de l’océan, à 20 heures de vol, la mortalité infantile est de un sur deux, sans compter toutes les mères qui meurent en couche. C’est une aberration que la Coalition Nutrition sans Frontières et Monde Demain entendent bien faire disparaître.

Vous pouvez en savoir plus sur la Coalition Nutrition sans Frontières et sa prochaine mission imminente en la suivant sur sa page ou en consultant son site web.